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Être sage-femme en 2025 : témoignage d'un métier entre passion et défis

Elise Pelloux, jeune sage-femme de 23 ans en exercice nous parler de son parcours, de la réalité de son métier, et de ce que signifie être sage-femme en 2025 - à une époque où le monde médical évolue rapidement et où les conditions de travail sont parfois sous tension.‍

1. Parcours et vocation

Peux-tu nous parler de ton parcours? Qu'est ce qui t'a amenée à choisir cette voie ? 

J’ai commencé par une PASES (Première Année des Études de Santé), qui regroupe plusieurs filières : médecine, sage-femme, dentaire, kiné et pharmacie. Après cette première année commune, on choisit une spécialité. J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de la santé, mais j’hésitais entre médecine et maïeutique. Au départ, j’ai intégré l’école de sage-femme un peu par défaut, car je n’avais pas eu médecine du premier coup. Puis, après un an, j’ai eu l’opportunité d’y retourner… mais c’est là que j’ai réalisé à quel point la maïeutique me plaisait. J’aimais vraiment ce que j’apprenais et je me sentais bien dans cette voie. Alors j’ai décidé de continuer, et aujourd’hui, je sais que c’était le bon choix.

Quand as-tu su que tu voulais devenir sage-femme ? C’était une vocation ou un choix qui s’est imposé au fil du temps ?

J’ai toujours su que je voulais travailler dans la santé, c’était une vraie vocation. Mais le choix de la maïeutique s’est fait progressivement, en fonction des opportunités et des expériences que j’ai vécues. Avec le recul, je pense que ce métier me correspond totalement, mais ce n’était pas une évidence dès le départ. C’est en avançant dans mon parcours que j’ai compris que j’étais faite pour ça.

Le cursus pour devenir sage-femme est connu pour être exigeant. Quelles ont été les étapes les plus difficiles pour toi ?

L’une des étapes les plus compliquées a été d’accepter que je ne ferais pas médecine. Au début, c’était un peu frustrant, mais avec le temps, j’ai compris que c’était la meilleure décision pour moi.

Ensuite, le rythme des études est intense. On a un mode de vie différent des autres étudiants : entre les stages, les gardes de nuit, les cours… Il faut réussir à tout concilier, à garder du temps pour ses proches et à trouver un équilibre. Et puis, il y a aussi la pression du métier : on doit être rigoureux, attentif, développer un bon sens clinique, tout en créant une relation de confiance avec les patientes. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est aussi ce qui rend ce travail passionnant.

Y a-t-il une rencontre, une expérience ou un stage qui t’a particulièrement marquée durant tes études ?

Oui, sans hésitation : mon premier stage en salle de naissance. C’était un moment clé pour moi. J’ai assisté à mes premiers accouchements, j’ai aidé à faire naître mes premiers bébés… et j’ai compris que c’était vraiment ce que je voulais faire. Chaque stage a été une expérience enrichissante, mais celui-ci a vraiment marqué un tournant. J’ai aussi eu la chance de croiser des sages-femmes et des médecins qui m’ont beaucoup inspirée et confortée dans mon choix.

Comment s’est passée ta transition entre les études et la pratique sur le terrain ? As-tu été bien préparée à la réalité du métier ?

L’un des gros avantages de cette formation, c’est qu’on est plongé dans la pratique très tôt. Dès la deuxième année, on est en stage, on découvre différents services… Ce qui fait qu’on est déjà bien préparé quand on commence à travailler.Mais malgré tout, la première garde en autonomie reste un moment particulier. C’est là qu’on prend vraiment conscience de ses responsabilités. Heureusement, on n’est jamais totalement seul et on apprend beaucoup au fil des expériences.

2. La pratique du métier

Comment décrirais-tu ton quotidien en tant que jeune sage-femme ?

Notre rythme de travail est assez particulier. Je fais des journées de 12 heures, soit de 8h à 20h, soit de 20h à 8h, en général trois à quatre jours par semaine. Il faut s’adapter à ce mode de vie un peu décalé, mais on finit par s’y habituer. L’avantage, c’est qu’on a aussi du temps libre pour voir ses proches, faire du sport ou souffler un peu entre les gardes. À l’hôpital, nos missions sont très variées selon le service où l’on est affecté. On peut être en salle de naissance, aux urgences, en hospitalisation post-partum, en service de grossesses pathologiques ou encore en consultations. Cette diversité rend le métier vraiment passionnant : on ne fait jamais exactement la même chose, et chaque journée réserve son lot de surprises.

Quels sont les plus grands défis que tu rencontres dans ta pratique aujourd’hui ?

Le plus difficile, ce n’est pas forcément le rythme de travail, mais plutôt la gestion des patientes et de leurs familles. Il y a beaucoup de stress autour de la naissance, et certains parents ont du mal à comprendre ce qui se passe, surtout quand on doit agir vite. Il faut réussir à les rassurer sans leur transmettre notre propre pression, trouver les bons mots pour expliquer les choses clairement… C’est un vrai défi d’être à la fois efficace, rassurante et toujours à l’écoute.

Ressens-tu les tensions du milieu médical (sous-effectif, pression, manque de moyens) ?

Oui, surtout en travaillant dans le public. La situation s’est un peu améliorée ces dernières années, notamment après la période compliquée du Covid, où beaucoup de soignants ont quitté le métier à cause du burn-out. On a un peu plus de sages-femmes et d’infirmières aujourd’hui, ce qui limite les heures supplémentaires, mais ça reste tendu. En revanche, le manque de moyens est toujours un vrai problème : du matériel insuffisant, des locaux parfois vétustes, des ressources limitées… On doit souvent faire avec ce qu’on a. Et puis, il y a la pression liée aux responsabilités : on gère des vies humaines, donc l’enjeu est énorme. C’est une source de stress constante, que ce soit entre collègues ou avec les patientes. Heureusement, ces dernières années, notre métier est de plus en plus reconnu. Longtemps, les sages-femmes étaient un peu mises en retrait par rapport aux gynécologues-obstétriciens, mais on voit que ça évolue. Grâce aux réseaux sociaux notamment, les gens prennent conscience de l’étendue de nos compétences. Beaucoup ignorent encore que nous pouvons assurer un suivi gynécologique complet (hors pathologies lourdes), alors que c’est un aspect du métier qui se développe de plus en plus.

Qu’est-ce qui a le plus changé dans le métier ces dernières années ?

Techniquement, il n’y a pas eu d’énormes révolutions, à part la numérisation des dossiers médicaux. Ça a facilité certains aspects, mais ça peut aussi poser des problèmes… Surtout en cas de panne informatique ! Une nuit, on était en pleine garde avec dix salles de naissance pleines et seulement trois sages-femmes. Une nouvelle patiente est arrivée, mais comme on n’avait plus de place, on a dû gérer son accouchement en salle de césarienne. En à peine une heure, on avait déjà fait sept accouchements… et à 4h du matin, les ordinateurs ont planté. Impossible d’accéder aux dossiers des patientes, de voir leurs antécédents ou leur suivi. On a tout dû noter à la main et rattraper les dossiers plus tard. Une patiente demandait une péridurale, mais sans accès à ses examens, on a dû réveiller un anesthésiste en urgence et espérer que le labo soit encore ouvert pour refaire les analyses.

Les attentes des patientes ont-elles évolué ?

Oui, clairement. Avec les réseaux sociaux, les patientes sont beaucoup plus informées… mais parfois, elles sont aussi mal informées. Certaines idées circulent sur Internet sans forcément être adaptées à toutes les situations médicales. Par exemple, le clampage tardif du cordon ombilical est souvent présenté comme un bénéfice systématique pour le bébé, alors qu’en cas d’urgence, ce n’est parfois pas possible. Ça peut créer de la frustration quand on doit expliquer qu’un accouchement ne peut pas toujours se passer comme prévu. Mais globalement, cette évolution est positive. Les patientes sont plus impliquées, elles savent ce qu’elles veulent et posent des questions pertinentes. Ça permet un vrai dialogue et une prise de décision plus éclairée, ce qui est une bonne chose pour tout le monde.

3. Sage-femme : un métier qui évolue

Avec l’essor du digital et des nouvelles technologies, comment vois-tu l’avenir du métier ?

Les choses bougent déjà, notamment avec l’arrivée des téléconsultations, qui facilitent l’accès aux soins pour les patientes éloignées des hôpitaux. Mais dans notre métier, il y a des aspects qui ne changeront jamais : un accouchement, qu’il soit par voie basse ou par césarienne, restera une expérience profondément humaine et physique. La technologie peut apporter un soutien, mais elle ne remplacera jamais la présence et l’accompagnement d’une sage-femme.

Utilises-tu des outils numériques au quotidien dans ton travail ?

Oui, surtout pour le suivi des patientes à l’hôpital. On travaille avec des logiciels communs aux établissements publics, un système qui s’améliore au fil des ans. La télémédecine progresse aussi, principalement en gynécologie, pour des consultations liées à la contraception, à la prévention ou aux infections sexuellement transmissibles. En revanche, en obstétrique, son usage reste limité, car le suivi d’une grossesse nécessite des examens cliniques et des gestes techniques qu’on ne peut pas faire à distance. Dans le domaine de la puériculture, en revanche, les outils numériques se multiplient : applications de suivi, babyphones connectés, bracelets de surveillance du sommeil des nourrissons… Ces innovations offrent un vrai soutien aux jeunes parents et permettent de maintenir un lien avec des professionnels de santé. Et puis, il faut rappeler que les sages-femmes assurent aussi un suivi gynécologique classique, au même titre qu’un médecin, pour la contraception, l’endométriose ou encore la prévention des infections. Grâce à la télémédecine, certaines consultations peuvent se faire à distance, évitant ainsi des déplacements inutiles. Côté exercice libéral, les plateformes comme Doctolib facilitent la prise de rendez-vous et permettent aux patientes de trouver plus facilement une sage-femme en fonction de ses compétences (obstétrique ou gynécologie).

Le métier de sage-femme est parfois méconnu du grand public. Y a-t-il des idées reçues que tu aimerais déconstruire ?

Oui, la principale, c’est de croire que les sages-femmes sont les « assistantes » des gynécologues. Ce n’est pas le cas. Nous avons de véritables compétences en gynécologie, et cela fait plus de dix ans que nous assurons le suivi gynécologique des patientes. Ce n’est pas un « sous-métier », mais une profession complémentaire avec une formation et une expertise propres.

Le rapport au travail évolue chez les jeunes professionnels. Envisages-tu ce métier toute ta vie, ou bien vois-tu des opportunités d’évolution ?

J’adore mon métier et, pour l’instant, je ne me vois pas faire autre chose. Mais sur le long terme, je n’envisage pas de rester uniquement à l’hôpital. Le travail de nuit ne me dérange pas aujourd’hui, mais en fonction de ma vie personnelle, je pourrais envisager une pratique mixte entre l’hôpital et un cabinet libéral, voire une installation en libéral à plein temps. L’avantage de ce métier, c’est qu’il y a de nombreuses possibilités d’évolution, ce qui permet d’adapter sa carrière à ses envies et à ses besoins. Petite précision : en libéral, les sages-femmes ne pratiquent pas les accouchements. Elles assurent le suivi de grossesse, le post-partum et la gynécologie. Les accouchements, eux, se déroulent à l’hôpital ou en clinique. Il existe bien des accouchements à domicile, mais c’est une pratique que je ne choisirais pas, en raison des risques liés à un matériel limité. Une alternative intéressante mais encore méconnue, ce sont les maisons de naissance. Ce sont des structures non médicalisées mais rattachées à un hôpital, où les sages-femmes accompagnent des accouchements sans péridurale. Si une complication survient, un transfert immédiat est prévu. C’est un modèle qui reste rare en France, mais qui séduit de plus en plus de femmes souhaitant un accouchement plus naturel, tout en bénéficiant d’un cadre sécurisé.

4. Son regard sur le futur et les conseils aux aspirants sages-femmes

Quel conseil donnerais-tu à un(e) jeune qui hésite à se lancer dans des études de sage-femme ? Y a-t-il des hommes dans la profession ?

Oui, et ils portent aussi le titre de « sages-femmes » ! Beaucoup l’ignorent, mais ce terme ne désigne pas le professionnel, mais bien la patiente. Pour ceux qui préfèrent, on peut aussi utiliser le mot « maïeuticien », qui vient de la maïeutique, l’art d’accompagner les naissances. Aujourd’hui, les hommes restent minoritaires dans la profession, représentant environ 3 % des effectifs, mais leur présence tend à se développer. Pour ceux qui hésitent à se lancer, mon conseil serait de bien comprendre qu’il s’agit avant tout d’un métier humain et relationnel. Aimer le contact avec les patientes et savoir écouter sont des qualités essentielles. Si l’on doute, le mieux est d’observer sur le terrain : un stage en hôpital, en clinique ou en cabinet peut aider à mieux cerner la réalité du métier. Il ne faut pas hésiter à essayer, car les métiers de la santé sont toujours enrichissants et offrent des opportunités de réorientation si besoin.

Avec du recul, referais-tu le même parcours ?

Oui, sans la moindre hésitation ! Ces années d’études et d’apprentissage ont été intenses, mais incroyablement enrichissantes. J’ai vécu des moments uniques, appris énormément et rencontré des personnes formidables. Je referais tout exactement de la même manière.

Comment imagines-tu ta carrière et l’évolution du métier dans 5 ou 10 ans ?

Je ne sais pas encore où mon parcours me mènera exactement, mais j’espère surtout continuer à m’épanouir dans mon travail. Peut-être que d’ici quelques années, je me tournerai vers l’exercice libéral, que ce soit en ouvrant un cabinet ou même en intégrant une clinique privée. Cela me permettrait d’élargir mes compétences et de diversifier mon activité tout en gardant un contact direct avec les patientes. Côté évolution du métier, j’aimerais voir une meilleure reconnaissance de notre rôle et un développement des maisons de naissance, qui offrent une alternative intéressante aux accouchements hospitaliers classiques. La profession évolue lentement, mais elle avance dans la bonne direction.

Qu’est-ce qui te motive au quotidien malgré les difficultés ?

Ce sont avant tout les patientes. Chaque jour, j’accompagne des femmes dans l’un des moments les plus marquants de leur vie. Pouvoir les écouter, les rassurer et leur permettre de vivre leur grossesse et leur accouchement sereinement est une source de satisfaction immense. C’est un métier qui a du sens et qui apporte énormément sur le plan humain.

Conclusion

S’il y a une chose à retenir de tout ce que l’on a évoqué, c’est que le métier de sage-femme est avant tout une profession de passion. Malgré les défis et les contraintes, c’est un travail profondément enrichissant, où chaque jour apporte son lot de belles rencontres.

Je suis très heureuse d’exercer ce métier.

A bientôt,

L'équipe Jurni
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